Elections, piège à cons ?
Je me suis rendu, comme de nombreux français, aux urnes; pour me prononcer sur le mandat d'un député dans ma circonscription. Il faut dire que je partage ma vie familiale depuis peu, avec une femme qui reconnaît éprouver des frissons lorsqu'elle vote. Pour elle, comme pour de nombreux français, voter est un acte citoyen, et il ne peut être question de déroger à ce devoir pour lequel certains sont morts, déclare-t-elle.
Ce discours moralisateur est convenu; ce n'est pas la première fois que je l'entends, mais c'est la première fois qu'il me casse les pieds à ce point. C'est la troisième fois que je me rends au bureau de vote en quelques semaines. De fait, j'ai autant voté ces deux derniers mois, que ces quinze dernières années. Je vais donc tenter d'expliquer en quelques lignes, en quoi voter en France, finalement, n'est pas un acte citoyen.
Tout d'abord ma sensibilité. Car je crois que pour voter, il faut écouter non pas sa raison, mais ses sentiments. J'éprouve, et ce, invariablement depuis mes dix-huit ans(je fais 50 ans cette année), un sentiment de profond accomplissement lorsque je suis allé voter. Une fois le vote accompli, je me dis que ça suffit comme ça, que je ne suis pas payé pour perdre mon temps, puis j'attends et j'entends que les élus fassent leur boulot. Mais ce serait trop simple dans ce beau pays qu'est la France; car lorsqu'on a voté une fois, on a encore rien fait; il faut y retourner une deuxième fois.
Pour le deuxième tours, deux cas possibles : le candidat choisi est présent au second tour; ou bien il ne l'est pas. S'il est présent au second tour, alors mon vote du premier tour n'aura pas suffit, il faut encore reconduire le geste. Comme si le premier geste n'était pas le bon, comme s'il y avait un doute sur mon choix; comme si je ne comptais pas. Je me sens bafoué et humilié, pris dans un engrenage administratif Kafkaïen. Mon effort sera-t-il pris en compte ? Seulement en cas de victoire de mon champion; dans le cas contraire, je me suis déplacé deux fois pour rien. Dans le cas ou j'ai voté pour quelqu'un qui n'est pas présent au présent au second tour; alors la aussi, je me sens désavoué, non seulement mon vote n'est pas pris en compte, mais en plus il faut que je me déplace pour voter pour quelqu'un en qui je ne crois pas, quelqu'un qui ne me plaît pas. Me voilà donc doublement démotivé, doublement désavoué.
Alors je trouve ce discours sur le devoir d'aller voter injuste et idiot. En me déplaçant autant de fois pour rien, je cautionne, un fonctionnement défectueux du système électoral. En effet, en plus de ce système à deux tours, qui rend le discours creux et manichéen(il n'y a en final, qu'un vainqueur et un vaincu; et donc, il n'existe qu'un gentil et un méchant); il y a d'autres inconvénients que la multiplication des déplacements.
Le second inconvénient de ce système de vote, est d'éliminer les minorités. Les minorités qui ne trouvent pas un arrangement avec l'un des deux grands partis français se trouvent marginalisées, sans représentant à l'assemblée nationale. Or le principe fondamental de la démocratie est de respecter l'opinion de chacun, quelle quelle soit. Et quel est le respect qu'on porte à une minorité de français qui ne trouvent pas leurs représentants à l'assemblée nationale ? Aller voter dans les conditions actuelles; c'est cautionner un système qui élimine systématiquement les minorités d'opinion.
Troisième inconvénient du système de vote actuel; c'est que l'on vote pour des individus et pour des partis politiques. Pour beaucoup, ça semble merveilleux. Moi je ne m'en contente pas; suis-je au fond, si difficile ? Voter uniquement pour des individus et des partis, moi je vois un système qui me spolie de mes responsabilités de citoyen; puisque une fois au pouvoir, les élus peuvent bien faire ce qu'ils veulent. Outre le fait qu'aucun parti dans ce beau pays qu'est la France, ne représente complètement mes opinions, mais en plus, une fois l'élection passée, me voilà dépossédé de mes responsabilités citoyennes. Je suis condamné, à seulement pouvoir m'opposer en pétitionnant, en manifestant ou en faisant grève.
Comme ces actions m'ennuient; me voilà bien désolé d'être français. Alors je rêve; je rêve d'un pays ou un seul tour est suffisant pour élire un élu, où les minorités sont représentées, et qu'en même temps qu'on vote pour des individus et des partis, on vote pour des lois. Je rêve d'un système où le président est élu par l'assemblée et non par les français.
Avec un tel système, je ne me serais déplacé qu'une seule fois; avec la certitude que mon vote serait entendu. Je ne cultiverais pas l'amertume, et je ne verrais pas défiler, dans les mois qui viennent; des millions de français dans les rues, qui, tout comme les grecs, ou les espagnols; démontrent; dans un effort pitoyable, leur citoyenneté, par ce qu'ils n'ont pas été représenté dans les assemblées, ou parce qu'ils n'ont pas eu leur mot à dire sur des décisions précises les concernant.