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04/09/2018

Affaire Benalla : un impensé politique

L'affaire Benalla n'occupant plus l'actualité, je peux dire mon agacement et ma déception sur le sujet. Agacement et déception du monde politique, médiatique, intellectuel français. Le niveau de bruit médiatique que cette affaire a produit n'a d'égal que la médiocrité de sa réponse politique, médiatique et intellectuel. 

Petit rappel des faits : un employé du service de sécurité du président français, pris sur le vif en vidéo, frappe un couple d'individu en marge d'une manifestation, alors qu'il n'avait, de par ses fonctions, rien à y faire. Deuxième temps de cet affaire, le président essaie de camoufler les faits, sans succès : les masques finissent par tomber, après des mensonges et des silences pesants. 

Pour penser véritablement cette affaire, il faut s'interroger sur les conditions de la production de cette vidéo : elle a été mise à la disposition des services ordinaires de police, puis diffusé illégalement vers le public français. Les services chargés de l'examen de ce genre d'informations, concernent environ 150 personnes, ces fonctionnaires tenus au secret, doivent veiller au bon fonctionnement de l'administration. Une personne, parmi ces fonctionnaires chargés d'examiner ces informations, a du trahir son service et la loi pour faire le métier pour lequel il est payé : c'est à dire de s'assurer du bon fonctionnement de l'administration. 

Comment se fait il que personne dans le monde politique, médiatique et intellectuel français ne s'indigne qu'un fonctionnaire doive trahir son employeur et la loi pour faire son travail ? La réponse politique à cet situation, qui aurait du être produite paraît évidente : il faut changer la loi, il faut que les informations qui mettent en cause l'intégrité des fonctionnaires soient consultables par tous les français. La démocratie implique un contrôle de l'état, et donc l'accés aux informations qu'il utilise, par les citoyens. L'émotion qu'a suscite cette affaire n'est pas anodine : elle indique qu'il y a un décalage entre les attentes de transparence et de contrôle démocratique des français et la pratique gouvernementale actuelle. Le véritable travail en politique est d'accompagner ou de faire émerger des valeurs nouvelles autour desquelles les individus peuvent se reconnaître. Dans ce cas précis, il faut proposer une loi : celle de l'accés public à ces informations. En travaillant sur cette proposition, on est au coeur de la politique, c'est à dire, de la qualité du lien entre les électeurs et les élus, et donc entre les citoyens et la société. Il s'agit d'un travail politique qui produit une identification du citoyen à la société, un bien être, une responsabilité et une confiance réciproque. Ce travail n'ayant pas été fait, on va donc entendre encore souvent parler de fracture de la société française, de colère populaire, de populisme. 

En ne dénonçant qu'une utilisation trop personnelle de l'état par le président, Le monde politique, médiatique et intellectuel français est resté faible : la relation entre les électeurs et les élus ne s'améliore pas. Les conditions d'une société plus performante, plus responsable, plus optimiste n'est malheureusement pas examinée sérieusement. Dans un monde ou la coopération,la compétition et la comparaison entre les nations est la règle, cette faiblesse de pensée et d'action est pénalisante. Je crois que la France vaut mieux que ce que ses élites politiques, médiatiques et intellectuelles françaises en font actuellement. Il appartient maintenant à chacun de le penser et d'agir en conséquence.

13:29 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0)

08/05/2018

Secret des affaires

La loi sur le secret des affaires est la dernière loi qui fait polémique. Le parlement français entérine une loi votée au parlement européen. Je ne suis pas spécialiste de cette question mais je trouve le niveau du débat politique et médiatique trop faible pour me taire.

Sur les articles que j'ai pu lire ou entendre, il y est question de restriction de liberté pour les journalistes, les lanceurs d'alerte ou les associations écologiques ou de consommateurs. Il y a une réelle inquiétude, bien médiatisée : Je la partage. J'y vois moi aussi une atteinte à la liberté d'expression. Et je ne crois pas que ce soit en muselant les gens, en les empêchant de parler qu'on crée une société où il y fait bon vivre. Le but de cette loi est de rendre la vie plus confortable à une élite économique et politique, elle est discriminatoire, elle produira ses effets aux dépends des citoyens.

La deuxième chose que je trouve ce sont des lettres ouvertes de personnalités plus ou moins connues qui demandent au président de la république de ne pas faire voter cette loi. Écrites sur un ton implorant, elles visent à émouvoir à raisonner le chef de l'état. J'ai le sentiment en les lisant; de voir un groupe de serviteurs qui s'agenouille devant un monarque. C'est se rabaisser que d'écrire cette prose, c'est humilier les français que de les inviter à se courber ainsi devant une personne, et c'est consacrer au chef de l'état l'autorité suprême qu'il convoite. Je trouve cette attitude déplacée et choquante. J'invite chacun à relire ce court texte de La Boétie sur la servitude volontaire.

En troisième je trouve une opposition qui vote contre...mais qui ne propose rien d'autre en contrepartie ! La France fait partie de l'Europe, il n'y a pas à le déplorer même quand une mauvaise loi a été voté; mais il ne suffit pas de voter contre. Pour qu'il y ait action politique il faut proposer des valeurs aux citoyens qui pourraient faire consensus à l'avenir. Le fait d'être contre une loi, ne produit pas une valeur, une opinion susceptible de structurer la société. Il faut rappeler que cette loi qui vise à faire taire les citoyens n'est qu'une violence morale que le pouvoir exerce contre les citoyens. Cette violence morale du pouvoir contre ses citoyens ne peut que renforcer la division sociale de la société, elle crée du pessimisme, de la solitude, de la fragilité. C'est une loi du pouvoir qui n'a que le pouvoir pour fin. C'est un pouvoir qui se regarde dans le miroir en admirant ses muscles. Cette loi pousse les élites a plus de narcissisme, à plus de mépris pour les citoyens; et les citoyens à plus de mépris pour eux-mêmes. Elle ne peut que renforcer les citoyens dans la méfiance, la soumission, le pessimisme; cette loi fracture plus profondément la société qu'elle ne l'est déjà. 

Lorsque j'écoute les gens, j'ai le sentiment que la politique en France se limite à une somme de décisions administratives ou économiques, patinée par une communication plus ou moins bluffante et d'intérêts stratégiques. Cette vision technocratique et jacobine ne me satisfait pas. Alors je me permets de citer quelques arguments qui me semblent évident à citer, à exposer, à justifier, à développer et à faire vivre. Juste quelques arguments qui permettent d'envisager l'avenir avec optimisme, confiance, pragmatisme.

Le premier argument à valoriser me semble être économique. Cette loi pour favoriser le secret des affaires : de combien d'emplois on parle ? Combien d'emplois ça pourrait créer ou détruire ? Pour ce que je connais de la politique et de l'économie, c'est l'Amérique qui a le droit sur le secret des affaires le plus ancien et le plus sévère. L'Amérique est depuis plusieurs décennies, l'économie la plus déficitaire de la planète. Comment croire qu'une telle loi serait efficace ? Je n'ai ni entendu ni lu aucun économiste, qui visiblement n'ont pas été beaucoup consultés ni écoutés. Il n'y a eu aucun débat ni aucune question sur son efficacité, ni sur une évaluation postérieure. Le secret des affaires ne fait consensus pour les économistes. C'est un travail politique et médiatique qui n'a pas été fait.

L'argument politique, qui semble le plus consistant c'est celui d'une collusion entre les élites politiques françaises et européennes et le monde des grandes entreprises. La réponse, c'est de développer une politique de la transparence. Il faut exiger que les politiciens européens et français rendent des comptes plus précis sur les activités, leurs liens personnels familiaux, amicaux avec le monde des entreprises. Il faut demander d'interdire le cumul des mandats politique et celui des entreprises. Il faut demander à limiter le nombre de mandats. Il faut aussi demander que la durée de ce secret soi limité dans le temps. Car qui dit secret dit irresponsabilité, et il faut que les citoyens puissent juger les élites. Il faut s'interroger :comment est-ce possible que des grands groupes industriels français, qui ont en plus des contrats avec l'état, avec l'Europe ou avec des collectivités territoriales aient pu acheter quantité de médias français sans qu'aucun parti politique n'ait réagi ? Je n'ai pas lu ou entendu aucun débat sérieux sur cette anomalie. Il faut interdire que d'anciens haut fonctionnaire et politiciens français ou européens se reconvertissent dans les affaires en profitant de leur réseaux de relations. Cette loi sur le secret des affaires marque un mépris évident de la classe politique européenne et française pour les citoyens; je n'ai vu ce mépris souligné par aucun journaliste, aucun politicien ni intellectuel. C'est le même mépris de cette élite française, qui fait qu'aucun politicien n'a à ce jour reconnu que le nuage de Tchernobyl a survolé la France. Je n'ai vu ce lien évoqué nulle part; c'est un travail politique et médiatique qui n'a pas été fait.

Ce qui m'inquiète, ce qui me semble important ou ce qui m'excite en politique; ce n'est pas le nombre ou l'importance des manifestations; ce n'est pas le score aux élections; toutes choses qui sont abondamment commentées. Ce qui m’intéresse, ce qui m'inspire, ce qui me fait vibrer; c'est le silence, l'apathie, l’absence de réflexion, de discours et de réaction des français et de leurs élites. Ce silence me dit plus que le bruit publique que chacun peut entendre. Pour faire de la politique, je crois qu'il faut parler à ce silence pour qu'il ne soit plus jamais un secret, et qu'ainsi il donne de la reconnaissance, de la confiance, de l'identité et une place à chacun. Une bonne politique est une politique qui réuni et renforce, pas une politique qui divise et affaibli. La violence morale, actuellement utilisée en politique, ne permet que de distinguer le premier du suivant; le plus fort du plus faible; elle ne fait pas société; elle est la négation même de la politique. Cette violence morale n'est qu'un discours qui s'adresse à lui-même.

 

 

10:54 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0)

06/02/2018

Les profs sont évalués !

Une fois de plus, je m'agace en écoutant à la radio l'interview d'un porte parole du gouvernement ou le ministre de l'éducation. Le sujet porte sur l'enseignement, et bien sûr son amélioration. Cette amélioration portait sur la récompense au mérite. En récompensant les enseignants les plus méritants, il y aurait une amélioration des résultats du système d'enseignement; voilà le discours du politique. C'est un discours que j'ai entendu des dizaines de fois et ça m'exaspère d'entendre une telle bêtise une fois de plus. Mais ce qui m'a agacé encore plus c'est la réponse du journaliste qui mettait en doute la réalité de l'inspection des enseignants. La confrontation de ces deux discours m'a navré au plus haut point par leur faiblesse; le monde politique et médiatique serait il déprimé et absent à ce point qu'il est incapable de la moindre  vision de l'avenir, de l'existence des gens, du besoin de reconnaissance qu'ils attendent ?

Tout d'abord je dois dire que je ne suis pas enseignant mais je l'ai été de façon brève. Un enseignant pour bien faire son travail a besoin de la coopération des élèves. Or, les élèves ne participent à aucun moment à l'évaluation de leur enseignant. Pour bien faire son travail, un enseignant  a besoin de la coopération des parents d'élève. Or les parents d'élèves ne sont pas autorisés à évaluer les enseignants de leurs enfants. Pour bien faire son travail un enseignant a besoin de la coopération de ses collègues enseignants, de la direction de l'établissement, des employés de toute sorte qui travaillent dans l'établissement. Or les collègues et autres employés de l'établissement ne sont pas conviés à donner leur avis sur la qualité de travail de l'enseignant. Pour bien faire son travail un enseignant a besoin de la coopération de la société, dont les représentants les plus évidents : élus locaux, représentants d'élèves et de parents d'élèves, associations culturelles locales ne sont pas conviés à évaluer l'enseignant.

Les enseignants pourraient être évalués par l'inspecteur d'académie tous les mois au lieu de tous les 5 ou 10 ans comme c'est le cas actuellement que ça ne changerait rien à l'évaluation des enseignants. Et je pourrais continuer de dire que décidément, les enseignants ne sont pas évalués, ne l'ont pas été et ne le seront malheureusement pas. 

Je comprends que l'administration a des comptes à rendre aux citoyens, et non pas à l'état et uniquement à l'état comme c'est le cas actuellement. Je regrette profondément que cette conviction en fasse même pas l'objet d'un débat; ni même d'une seule question, dans le monde politique ni dans le monde médiatique. 

La France est un pays qui ne sait pas avancer sans ses écrivains, sans ses philosophes, sociologues, et historiens. Alors je leur demande, de bien vouloir écrire sur la confrontation des évaluations, des valeurs de l'individu et de la société que chaque type d'évaluation porte en elle, de la violence morale d'une évaluation qui ne demande pas l'accord de ceux qui sont concernés au quotidien par les conséquences de cette évaluation. Et peut-être ainsi, pourrait-on avoir un jour, un débat social et politique, vraiment profitable, sur l'évaluation des enseignants, mais aussi sur l'évaluation des autres fonctionnaires.