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démocratie directe - Page 3

  • On va débattre !

    En ces temps de débat national, ou plutôt d'allure de débat, puisqu'on ne voit que des élus de la république faisant des one man show devant des publics sélectionnés pour le spectacle, j'attends le débat dans mon village. Toutefois, avant de me rendre à la réunion, je me prépare un peu en lisant le journal local. La Maire du village où j'habite annonce qu'elle se représentera. Je lis l'article, et dans le contexte actuel d'une présidence et d'un gouvernement hors sol, qui méprise les français et qui méprise aussi les élus locaux, je cherche dans cet article les indices d'un état d'esprit différent, d'une réaction salutaire pour les villageois, d'un élan, d'une société épanouissante. Si la France est malheureuse, si elle est divisée en une partie méprisante et une autre en colère; peut être en est il autrement à l'échelle locale, peut-être règne-t-il ici, une paix, un bonheur de vivre ensemble ?

    Dans cet article, elle présente la fonction de Maire comme la direction d'une entreprise, en précisant les initiatives qu'elle a  prises, les contacts qu'elle a engagés, les projets qu'elle entreprend, les investissements qu'elle prévoit pour le village. Finalement, dans son programme, dans son travail actuel de Maire, il n'y a qu'une somme de décisions à prendre pour le bien commun : "le Maire devient un chef d'entreprise avec des compétences les plus pointues. Il doit s'entourer de techniciens dans un budget en baisse" déclare-elle doctement . Je savais depuis plus d'un an que je vivais dans une start up nation; maintenant je sais que je vis aussi dans un start up village...chouette !.

    Elle décrit ses conditions de travail parfois pénibles et prenantes; toujours passionnantes, et par conséquent : "Si on veut faire son travail correctement, on doit le faire à plein temps" déclare-elle au journaliste...Tout en ajoutant qu'elle assume en plus de son mandat de Maire, un mandat de vice président de la communauté de commune et de conseillère régionale. Elle précise qu'elle est obligé de cumuler les mandats pour s'en sortir financièrement.

    Moi je gagne à peu près le salaire qu'elle touche en tant que Maire, et je ne cumule pas avec deux autres emplois à plein temps. J'entends dans les médias les journalistes ou politiciens parler du fossé entre la France d'en haut et la France d'en bas, mais que ce problème n'existerait pas au niveau des communes, parce que les Maires seraient proches des citoyens contrairement aux élus nationaux...La Maire du village habite à 50 mètres de chez moi, et je la croise régulièrement dans la rue, mais ça se limite à ça en terme de proximité.  

    Chacun sait que chaque français a depuis plus d'un an, un président jupitérien, un gouvernement hors sol, des élus de haut niveaux déconnectés de la réalité. Mais qu'en est-il au niveau de ma commune ? Si j'en crois les médias, mon village est un paradis où tout le monde se parlerait; ce serait concertation tout azimut, la fraternité régnerait, la proximité tenant lieu de ciment.

    Dans cette interview la Maire explique la vie politique actuelle et futur du village. J'ai compté dans le texte 11 fois le mot "je", 29 fois le mot "on". Dans ce même article, pourtant suffisamment long, il y a zéro fois les mots suivants : élu, adjoint, conseiller municipal, employé municipal, électeur, citoyen, reconnaissance, bénévole, relation, confiance, concertation, retissant, responsabilité, impôt, ensemble, adhésion, enthousiasme, majorité, participation, conviction, dialogue, échange(liste non exhaustive). La réalité de la politique locale, et des élus locaux est bien triste : juste une mini Jupiter pour gouverner le village ! Pour gouverner, mais gouverner qui ? Car tout dans son discours indique qu'elle est hors sol. Elle ne semble pas vivre au milieu des villageois, sauf pour leur dire qu'ils pensent mal :" je ne m'étais pas rendu compte de l'image négative qu'avait les Ludois de leur ville. On doit en être fier" dit-elle au journaliste avec aplomb. Lorsque je lis l'article; il semble évident que la ville où j'habite est la ville du Maire, voir de quelques personnes de plus :"j'ai une bonne équipe derrière moi" déclare-t-elle. Là, à ce point de mon texte, J'ai cité les deux seules phrases de l'article pourtant assez long, où il y est question d'autres personnes du village que d'elle même.

    De même que la France semble le pays du président et d'une poignée de premiers de cordée, les élus locaux qui sont certes bien en dessous du président, mais tellement au dessus de leurs voisins, qu'ils peuvent sans réaction aucune parler le même langage jupitérien, tout en étant considérés comme proches de leurs voisins.

    Finalement j'ai compris en quoi consistait le grand débat national : c'est un monologue tenu par une élite hyperactive et méprisante qui consiste à énoncer toutes les décisions qu'elle a pris et celles qu'elle prévoit, pour le bien commun. Langage dans lequel on doit constater à quel point cette élite est vaillante, fière d'elle-même, audacieuse, efficace, volontaire. En plus elle est sensible et intelligente, voyez vous même : la Maire déplore avec tristesse le manque d'enthousiasme, voir l'incompréhension de la population ! 

    Un jour, j'écoutais sur un média, le comédien Richard Bohringer expliquer ce qu'il aimait et trouvait en Afrique : c'est le lieu où à tout moment le tragique côtoie le comique. Moi j'ai pas besoin d'aller ailleurs pour voir au quotidien le tragique côtoyer le comique, il me suffit de m’intéresser à la politique locale ou nationale. Et c'est comme ça que j'ai écrit cet article, avec une double envie : celle de pleurer, et celle de rire  .

  • Le politique Punk

    Il y deux semaines, il y a eu un référendum en Nouvelle Calédonie. La question est celle d'une indépendance ou d'un rattachement à la France. Ce référendum vient trente ans après de sanglants affrontements entre Kanaks(les habitants originaires de l’île) et l'état français. Le résultat est conforme à celui attendu, c'est à dire à un rattachement à la France; mais il déçoit les partisans du rattachement à la France, qui eux espéraient un plus large score. En fait en étudiant la géographie des votes, il est facile de s'apercevoir que les Kanaks ont voté pour l'indépendance(mais ils sont minoritaires), les autres ont voté pour le rattachement à la France. Il y a partition de la société calédonienne.

    J'ai été déçu du peu d'intérêt que ce vote a suscité, du peu de nombres de commentaires politique, médiatique et intellectuelle, et de la pauvreté des commentaires. Je n'ai entendu aucune proposition politique qui réponde à cette insuffisance de voix. Aucune véritable réflexion, aucun véritable intérêt; cet événement est pourtant important pour chaque français, car il nous parle de ce que veut dire être français aujourd'hui,  être citoyen aujourd'hui, cet événement nous parle du lien qui nous unis à travers les distances. Cet événement a été traité par les médias, par les politiciens, par les intellectuels comme un banal fait divers; bref comme une simple information.

    Puisque je n'ai entendu aucun commentaire digne de ce nom, je rends grâce à ce merveilleux outil de publication en ligne qu'est internet. Je peux ainsi énoncer, et je le souhaite, partager mon idée, mon sentiment, mon opinion sur ce référendum. Je n'écris pas cet article par plaisir, car je suis las d'écrire un peu toujours la même chose, et je n'aime pas écrire. De plus je n'obtiens, tout au moins en apparence, aucune réponse intéressante ou productive, voir pas de réponse du tout, pas de popularité non plus. Mais je me sentirais un lâche de me taire. Voilà donc ma réponse à cet événement passé à la trappe du spectacle médiatico politique.

    Tout d'abord je distingue la politique qui consiste en une gestion technocratique des problèmes, de celle qui désigne le type et la qualité des relations des citoyens entre eux, et des citoyens et de leurs représentants politiques. Il est bien clair que dans le cas de la Nouvelle Calédonie, les Kanaks ne se sentent pas représentés au niveau politique; et ainsi ont-ils voté pour l'indépendance. Pour les tenants d'une large victoire au référendum, c'est l'idée de faire taire l'opposition autochtone dans une attitude impérialiste, méprisante ou indifférent.

    La deuxième idées qui semble évidente c'est le lien avec les autres territoires d'outre mer auxquels j'y rajouterais la Corse. Un vrai travail politique consisterait à les réunir, et voir avec eux ce qui peut être fait, pour que l'éloignement puisse être vécu sereinement; pour que cette diversité et cette différence de la métropole à ces lieux distants puissent être une source d'enrichissement, de bien être, et non pas d'empêchement et de crispations. Ce travail n'a été fait ni par le gouvernement ni par aucun parti d'opposition, ni par les médias, ni par les intellectuels. Nulle doute que si ce travail avait été fait il aurait abouti à la nécessaire décentralisation de l'état au profit des régions, pour leur permettre un développement administratif , économique, culturel et éducatif . Le malaise actuel n'est pas prêt de disparaître.

    A la radio j'entends le commentaire d'une députée qui m'écorche l'oreille : elle parle à propos du mouvement des gilets jaunes, de "contestation démocratique". Moi, je sais bien ce que c'est qu'une contestation minoritaire, une contestation majoritaire, une contestation populaire, une contestation élitiste. Mais je ne sais pas ce que c'est qu'une contestation démocratique. Je sais par contre que le mode démocratique est un mode de gouvernance politique qui fait toute sa place aux non spécialistes, au public, en leur donnant accès aux informations et aux décisions qu'ils pourraient prendre ou dont ils voudraient se saisir. Et ce mode de gouvernance est inconnu en France. Nous vivons dans une république monarchique et je suis bien heureux que de nombreux commentateurs le soulignent, et bien agacé que ça ne génère aucun programme politique ou action contestatrice; ni de partis politiques, ni de syndicats, ni d'intellectuels, ni d'églises, ni d'aucune association d'aucune sorte.

    En l’occurrence dans le cas qui nous occupe aujourd'hui : les gilets jaune ont besoin d'un gouvernement agressif envers ses citoyens pour eux aussi agresser à leur tour les autres citoyen. Ce masochisme collectif m'ennuie profondément.

    Cette déficience d'aptitude à la décision collective, digne d'un pays moyennement développé, dont la responsabilité échoit à beaucoup de monde dans ce pays; ne permet pas d'envisager sereinement l'avenir. Ainsi puis-je reprendre le slogan des punks : Le discours Politique en France = no future.

  • Affaire Benalla : un impensé politique

    L'affaire Benalla n'occupant plus l'actualité, je peux dire mon agacement et ma déception sur le sujet. Agacement et déception du monde politique, médiatique, intellectuel français. Le niveau de bruit médiatique que cette affaire a produit n'a d'égal que la médiocrité de sa réponse politique, médiatique et intellectuelle. 

    Petit rappel des faits : un employé du service de sécurité du président français, pris sur le vif en vidéo, frappe un couple d'individu en marge d'une manifestation, alors qu'il n'avait, de par ses fonctions, rien à y faire. Deuxième temps de cet affaire, le président essaie de camoufler les faits, sans succès : les masques finissent par tomber, après des mensonges et des silences pesants. 

    Pour penser véritablement cette affaire, il faut s'interroger sur les conditions de la production de cette vidéo : elle a été mise à la disposition des services ordinaires de police, puis diffusé illégalement vers le public français. Les services chargés de l'examen de ce genre d'informations, concernent environ 150 personnes, ces fonctionnaires tenus au secret, doivent veiller au bon fonctionnement de l'administration. Une personne, parmi ces fonctionnaires chargés d'examiner ces informations, a du trahir son service et la loi pour faire le métier pour lequel il est payé : c'est à dire de s'assurer du bon fonctionnement de l'administration. 

    La réponse politique à cette situation, qui aurait du être produite paraît évidente : il faut changer la loi, il faut que les informations qui mettent en cause l'intégrité des fonctionnaires soient consultables par tous les français. La démocratie implique un contrôle de l'état, et donc l'accès aux informations qu'il utilise, par les citoyens. L'émotion qu'a suscite cette affaire n'est pas anodine : elle indique qu'il y a un décalage entre les attentes de transparence et de contrôle démocratique des français et la pratique gouvernementale actuelle. Le véritable travail en politique est d'accompagner ou de faire émerger des valeurs nouvelles autour desquelles les individus peuvent se reconnaître. En travaillant sur cette proposition, on est au coeur de la politique, c'est à dire, de la qualité du lien entre les électeurs et les élus, et donc entre les citoyens et la société. Il s'agit d'un travail politique qui produit une identification du citoyen à la société, un bien être, une responsabilité et une confiance réciproque. Ce travail n'ayant pas été fait, on va donc entendre encore souvent parler de fracture de la société française, de colère populaire, de populisme. 

    En ne dénonçant qu'une utilisation trop personnelle de l'état par le président, Le monde politique, médiatique et intellectuel français est resté faible : la relation entre les électeurs et les élus ne s'améliore pas. Dans un monde où la coopération, la compétition et la comparaison entre les nations est la règle, cette faiblesse de pensée et d'action est pénalisante. Je crois que la France vaut mieux que ce que ses élites politiques, médiatiques et intellectuelles françaises en font actuellement.